« Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit » Jn 15, 2

J'ai beaucoup réfléchi à ce verset, alors que je faisais pour la première fois les vendanges avec des frères il y a quelques mois dans un domaine appartenant à des amis de la Communauté. J'ai découvert qu'il s'agissait d'un travail ardu et j'ai enfin compris pourquoi la parabole des ouvriers de la dernière heure (Mt 20, 1-16) a provoqué un tel scandale chez les employés. J'étais étonné par la quantité de fruits provenant d'une vigne, sachant qu'après chaque récolte, ses branches sont taillées, sauf une, afin d’y concentrer toute la force de vie. Cette taille est dure et ressemble à la mort, à un grain de blé qui tombe dans la terre et qui meurt ; mais paradoxalement, c’est exactement ce qu’il faut faire à la vigne pour qu’elle porte du fruit. Le Père, le viticulteur, réalise son chef-d’œuvre dans nos vies, même si, à vrai dire, tout ce que nous ressentons, c’est le maillet qui s'écaille. « Car cette légère affliction momentanée nous prépare un poids éternel de gloire au-delà de toute comparaison » (2 Cor. 4, 17). À chaque fois qu’une porte se ferme, une autre s'ouvre selon la volonté aimante du Père qui nous conduit. Jésus ouvre la voie à quelque chose de beaucoup plus grand que nous ne pouvons imaginer ou même planifier nous-mêmes.

            Que devons-nous alors faire dans le moment présent ? « Demeure en moi, dit Jésus, comme je demeure en toi. De la même manière qu'une branche ne peut porter de fruit, seule, si elle ne reste pas dans la vigne, de même pour vous, à moins que vous ne demeuriez en moi » (Jn 15, 4). Jésus demeure en nous. Il est avec nous «jusqu'à la fin des temps » (Mt 28, 20). Il nous maintient dans l’existence et est la source de toute vérité et de tout amour ; et il est vrai que sans lui, nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 5). Jésus est omniprésent. Comme le psalmiste le dit, rien n’échappe à son règne affectueux : « Où puis-je aller loin de ton esprit, où puis-je fuir loin de ton visage ? Si je monte les cieux, tu es là. Si je me couche dans la tombe, te voici. Si je prends les ailes de l'aurore et si je demeure à l'extrémité la plus éloignée de la mer, même là ta main me conduirait, ta main droite me tiendrait fermement » (Ps 138). Dieu est la présence éternelle. La question est cependant de savoir si nous lui sommes vraiment présents. Jean l'a pour sa part compris et en a fait sa règle de vie, comme nous pouvons d’ailleurs le constater par le nombre d’occurrences du verbe ‘‘demeurer’’ dans ses écrits. Il l’emploie 69 fois au total. C'est cela la seule chose nécessaire, la meilleure part que nous devrions rechercher (cf. Lc 10, 42). Jean a d’une certaine manière réalisé le pouvoir des paroles de Jésus : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9). Dieu est la source de l'amour et de la lumière ; et dans sa lumière, nous voyons la lumière et pouvons aimer avec son amour. C'est cela le fruit qui demeure, car à la fin, seul l'amour restera : « À la fin, nous serons jugés par amour » (St Jean de la Croix).

            Laissons-nous donc transformer par Dieu qui est amour ? Demeurons dans l’amour de Jésus et recevons de lui, avec courage, les épreuves auxquelles nous sommes confrontés, en sachant qu’il s’agit de la taille du Père qui nous purifie comme de l’or précieux est mis au feu afin de briller de tout son éclat.

frère John-Paul

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