Méditations du chemin de croix du Vendredi Saint 14 Avril 2017

Aujourd'hui à l'occasion du chemin de croix du Vendredi Saint, plusieurs frères et sœurs ont médité les différents mystères du chemin de croix de Saint Jean Paul II que nous vous proposons ici.

Première Station : Jésus au Jardin de Gethsémani

Évangile de Jésus Christ selon St Luc 22, 39-46.

Jésus sortit et se rendit comme de coutume, au Mont des Oliviers, et les disciples aussi le suivirent. Parvenus en ce lieu, il leur dit : »Priez pour ne pas enter en tentation. »

Puis il s’éloigna d’eux d’environ un jet de pierre et, fléchissant les genoux, il priait en disant : »Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ! Cependant,  que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se fasse ! » Alors lui apparut, venant du ciel, un ange qui le réconfortait. Entré en agonie, il priait de façon plus instante, et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre.

Se relevant de sa prière, il vint vers les disciples qu’il trouva endormi de tristesse, et leur dit : « Qu’avez-vous à dormir ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entre en tentation. »

Méditation:

En ouvrant les portes de cette Chapelle, le jour des Rameaux, nous avons ouvert la porte de notre cœur pour rejoindre Jésus dans sa Passion. Aujourd’hui, en ce Vendredi Saint, en passant la porte du Jardin des Oliviers, Jésus lui-même nous ouvre les portes de son cœur pour nous faire entrer dans son mystère d’agonie. Par ce chemin, son Histoire Sainte, cette semaine, Jésus nous a conduits progressivement à rentrer dans sa lutte, notre lutte… Adhérant au mal, il a progressivement pris sur lui les conséquences de la souffrance, jusqu’à en connaitre l’anéantissement, et l’apparent abandon du Père.

Cette scène d’agonie échappe aux apôtres, endormis si près du mystère… Par la Révélation, Jésus nous en donne accès, à nous, qui assistons maintenant à sa Passion, elle a donc un sens pour notre vie, elle est un enseignement pour notre foi. Vivons là, non pas comme des spectateurs qui assisteraient à un spectacle, mais comme des amis, à qui seuls les secrets se communiquent…

Cette lutte, la plus secrète que Jésus nous révèle, est l’archétype même de nos propres souffrances, en tant qu’elle permet mystérieusement la transmission du Salut. Son agonie est le révélateur de la présence mystérieuse du Père qui se loge au cœur même de l’expérience du mal, au cœur même de nos souffrances morales, de nos échecs. Dans ce mystère caché, révélé au Jardin, nous adhérons par le cœur de Jésus, largement ouvert par son angoisse et sa peur, au mystère de sa Passion qui nous dévoile la Paternité de son Père qui nous sauve en Lui.

Que cette station soit l’occasion pour nous de demander à Dieu de nous redéposer dans ces lieux où nous souffrons encore au plus intime de nous-mêmes, pour y retoucher l’amour du Père qui se dévoile mystérieusement pour nous sauver. Acceptons, dans l’humilité, d’ouvrir ces lieux où notre conscience s’est fermée pour se protéger de l’épreuve, faisant de notre vie un lieu sec et sans vie, remplie de vide et de tristesse. Demandons à Jésus de venir en nous, d’habiter ces lieux où nous avons exclu Dieu par peur d’être jugé, d’être confronté à nos propres limites, à nos propres déficiences morales, à nos auto- justifications qui nous donne bonne conscience. Ré-ouvrons les portes de ces lieux obscurcis où l’amour du Père est en impatience d’aimer et est déjà en attente de notre retour.

Prenons le temps, durant cette matinée, de nous remémorer ces lieux où nous avons dit « non » au Christ Sauveur, où notre conscience s’est volontairement coupée de la grâce, refusant d’être habitée par la vérité et de grandir, nous stoppant net dans notre vie d’enfant de Dieu. Ne faisons plus obstacle à l’amour du Père qui ne juge pas, mais pardonne.

Demandons au Père cette grâce durant ce Chemin de Croix, comme le Fils Prodigue, revenu sur les pas de sa conscience égarée, de nous faire sentir  au sens propre du terme, dans la foi, son cœur qui aime, bat, vit et se déploie au cœur même de nos propres souffrances qu’il habite déjà de son amour miséricordieux…

                                                                                             Fr Vianney

2e Station : Jésus, trahi par Judas, est arrêté (Lc 22, 47-53)

Tandis qu'il parlait encore, voici une foule, et à sa tête marchait le nommé Judas, l'un des Douze, qui s'approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Mais Jésus lui dit: "Judas, c'est par un baiser

que tu livres le Fils de l'homme!" Voyant ce qui allait arriver, ses compagnons lui dirent: "Seigneur, faut-il frapper du glaive?" Et l'un d'eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui enleva l'oreille droite. Mais Jésus prit la parole et dit: "Restez-en là." Et, lui touchant l'oreille, il le guérit. Puis Jésus dit à ceux qui s'étaient portés contre lui, grands prêtres, chefs des gardes du Temple et anciens: "Suis-je un brigand, que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons? Alors que chaque jour j'étais avec vous dans le Temple, vous n'avez pas porté les mains sur moi. Mais c'est votre heure et le pouvoir des Ténèbres."

« Chaque jour j'étais avec vous dans le Temple, vous n'avez pas porté les mains sur moi » (Lc 22:53). Pourtant, les ennemies de Jésus ont voulu le faire. Toute la semaine, ils cherchaient comment le mettre à mort, et à plusieurs occasions avant, ils ont essayé de le lapider, l’arrêter, le jeter en haut d’une colline. Mais à chaque fois Jésus leur échappe.  Jésus est Maître de la situation et Maître de sa vie : « [Ma vie], personne ne me l’enlève, mais moi, je la livre de moi-même. J’ai pouvoir de la livrer et j’ai pouvoir de la reprendre » (Jn 10:17-18). Si Jésus passe par la mort, c’est parce qu’il s’est livré lui-même. Mais alors, si personne ne peut enlever la vie à Jésus,  comment Judas l’a-t-il pu le livrer ? L’écriture mous dit que Jésus « fut troublé en son esprit » quand il annonce aux Douze que l’un d’eux le livrera (Jn 13 :21). Nous pouvons poser la question avec St Jean : « Seigneur, qui est-ce qui te livre? » (Jn 21:20). Une clef de compréhension se trouve peut-être dans le geste par lequel Judas trahit son Maître : « [Judas] s'approcha de Jésus en disant: "Salut, Rabbi", et il lui donna un baiser » (Mt 26:49). Judas le livre par un geste de proximité et d’amitié. Et Jésus le reconnaît comme tel dans l’évangile de Mattieu, Jésus répond en appelant Judas « Ami » (Mt 26:50). Ce n’est que ses amis qui pouvaient le livrer, puisque c’est à eux qu’il s’est livré. « Personne n’a de plus grand amour que celui qui livre sa vie pour ses amis » (Jn 15:13). Si en cette heure Jésus puisse être arrêté, s’il est livré par un autre que lui-même, c’est parce que Jésus a déjà posé l’acte de livrer sa vie en choisissant ses amis.  Jésus a choisi les Douze et les a appelés pour être avec lui et partager sa mission, et a la dernière Cène Jésus dit que ce n’est pas d’abord pour être ses serviteurs mais ses amis (Jn 15:15). Par ce choix, Jésus remet entre leurs mains sa vie, l’accomplissement de sa mission, et même la manière dont cette mission va s’accomplir, et il en assume pleinement les conséquences, « car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11:29). En nous donnant son amitié, Jésus nous confie lui-même, se livre lui-même au point d’être aussi fragile et vulnérable que l’eucharistie entre nos mains. Même face à son trahison, Jésus continue à se donner lui-même à Judas : le sueur de Jésus est devenu du sang dans son agonie, et Judas, n’aurait-il pas pu entrer en contact avec ce sang par son geste traître de son amitié ? Véritablement, rien « ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rom 8:39). Oui, l’ami de Jésus peut le dire : « [Il ] m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2 :20).

                                                                                        Sr Immaculata

Méditation de la 3e station : Jésus est condamné par le sanhédrin (Mt 26, 57-68/ Lc 22, 66-71)

Le grand prêtre interroge Jésus pour trouver matière à le condamner car il ne cherche nullement la vérité. Aussi Jésus garde le silence au lieu de se défendre inutilement.

Le grand prêtre, sans doute excédé par ce silence, l’adjure, c'est-à-dire lui adresse une sommation solennelle faite au nom de Dieu, de dire s’il était le Christ, le Fils de Dieu. Origène souligne : « qu'un homme qui veut vivre conformément à l'Évangile, ne doit point en adjurer un autre; car s'il est défendu de jurer, il l'est également d'adjurer. » Cette adjuration n’est qu’une pure imposture  puisqu'elle ne provoque la réponse de Jésus qu'en la tenant d'avance pour coupable, sans examiner si, par extraordinaire, elle ne serait pas vraie. Jésus n’est pas tenu d’y répondre. Si donc il répond néanmoins, ce n'est pas qu'il tombe naïvement dans le piège, mais parce que « l'Heure est venue » de « rendre témoignage à la Vérité » officiellement.

Jésus répond par l’affirmative en invoquant l’Ecriture, notamment le Psaume 110, 1-3 et Dn 7, 13-14. Dans ces deux passages, nous est annoncé un Messie-roi, glorieux qui siège à la droite de la puissance (Ps 110, 1-3), un Fils d’homme qui vient avec les nuées et à qui fut donné domination, gloire et royaume pour l’éternité, et tous les peuples, nations et langues le servirent (Dn 7, 13-14). Aussi nous confessons dans le credo à propos du Fils en référence à ces passages : « il est assis à la droite du Père : Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son Règne n'aura pas de fin ».

L’acte symbolique du grand prêtre de déchirer ses vêtements pour signifier le scandale causé par Jésus, atteste qu’il a compris que Jésus se révélait comme Messie et Fils de Dieu. Puisqu’il ne voulait pas le croire, la cause était entendue, Jésus venait de blasphémer à l’égard de la majesté divine. Aussi invite t-il les membres du Sanhédrin a prononcé la condamnation qu’il escomptait. Ils disent : « il est passible de mort ».

Ce simulacre de procès nous montre que c’est Jésus qui est le maître de l’histoire et des événements. On l’accuse de faux témoignage, il se tait. Il lui suffisait de continuer à se taire pour garder sa vie sauve ; mais puisque son heure est arrivée, il révèle son mystère, sa filiation divine aux autorités d’Israël et leur offre l’occasion de le livrer à Pilate. Nul ne prend sa vie, c’est Lui-même qui la donne volontairement pour notre salut et la gloire du Père.

Alors qu’il est l’Innocent, le Juste par excellence, il a voulu être jugé et condamné comme un criminel pour prendre la place des pécheurs que nous sommes. Aussi comme Jésus dira lui-même : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jn 5, 24)

Demandons-lui de nous apprendre à nous taire et à témoigner de notre foi quand il le faut. Demandons-lui d’assister toutes les personnes qui sont condamnés injustement dans notre monde afin qu’ils puissent offrir leurs souffrances au Christ Sauveur. Qu’ils viennent libérer toutes les persécutés, les opprimés qui crient vers Lui jour et nuit.

                                                                                     Fr Louis François

Quatrième station : le reniement de Pierre (Lk 22, 54-62)

Le récit du reniement de Pierre selon saint Luc est le seul à mentionner le regard de Jésus.  Ce regard donne un poids particulier à ce récit et nous montre quelque chose d’extrêmement important ; la présence de Jésus au cœur même du péché de Pierre.

Ce regard, pour Pierre, faisait partie d’une expérience forte de son infidélité et de son péché.  Celui qui se croyait si fort a renié son maître au moment de sa passion.  Mais, l’histoire de Pierre s’arrête-t-elle ici, après son reniement ?  Nous pourrions être surpris de voir Pierre, après avoir pleuré si fortement ses péchés, non seulement courir au tombeau mais aussi devenir chef de l’Eglise.  En regardant cette force de Pierre, nous sommes poussés à considérer le regard de Jésus lors de son reniement d’une manière plus profonde.  Bien que ce soit un regard qui suscitait le repentir, c’était sûrement un regard qui visait ce qu’il y a de plus profond et bon en Pierre.  C’était le regard du Christ, son sauveur, qui, dans sa miséricorde, cherche ses brebis jusqu’au bout et offre sa vie pour elles.

Le personnage de Saint Pierre nous montre que la récognition de nos péchés grâce au regard de Jésus sur nous est la source d’une force nouvelle qui  débute un cheminement profond avec le Christ.  Pierre pleure à cause de sa chute, et cela a été nécessaire, mais il ne s’arrête pas là.  Il se laisse vaincu par l’amour de son sauveur et se relève pardonné.

J’aimerais terminer cette méditation avec quelques mots d’un hymne écrit par Saint Ambroise :

Et aussitôt le coq chanta :

Voici qu’il chante le héraut du jour… Séparant la nuit de la nuit… à son appel, la pierre de l’Eglise, au chant du coq, lava sa faute dans les larmes.

L’espérance reprend avec le chant du coq, Les malades recouvrent la santé, la foi revient à ceux qui l’ont trahie.

Sauveur ! Considérez ceux qui fléchissent, et nous voyant, redressez-nous !

Car sous votre regard le péché se flétrit, la faute se résout en larmes.

                                                                                                    Fr Samuel Mary

Cinquième station: Jésus est jugé par Pilate (Mt 27, 22-25)

Le jugement de Suzanne, dans l’A.T., présente beaucoup de parallélismes avec le jugement de Jésus ; au cœur de ces similitudes on trouve 2 attitudes antagoniques chez les protagonistes respectifs de ces jugements, Daniel et Pilate.

L’histoire de Suzanne en deux mots : deux hommes lui tendirent un piège, lui laissant le choix entre 2 options : pécher avec eux (mourir dans son âme), être accusée d’avoir péché avec un autre (mourir physiquement). Suzanne choisit cette dernière, elle est donc condamnée à mort.

Dans les 2 cas (pour Suzanne et Jésus) :

- l’accusé non seulement n’a pas péché, mais meurt précisément pour une libération du péché. Suzanne s’expose à la mort pour se soustraire du péché d’adultère, Jésus meurt pour nous soustraire du péché ;

- l’accusé est jugé par les vrais coupables : Suzanne est accusée par ceux qui ont fauté contre elle et qui étaient juges, membres de l’assemblée… Jésus, l’unique Juge, est jugé par ceux qu’Il sauve…

- il y a d’autres points de contact entre le jugement de Suzanne et celui de Jésus (notamment l’absence de réponse aux accusations) mais surtout il y a cette petite phrase :

- Dn 13, 46 « Je suis pur du sang de cette femme »

- Mt 27, 24 « Je ne suis pas responsable de ce sang »

Cette même phrase a 2 significations opposées, elle révèle 2 attitudes opposées :

- Daniel s’oppose au verdict et s’engage en faveur de Suzanne

- Pilate s’oppose au verdict (il voulait le relâcher) mais se désengage…

- Pilate a cédé à la pression de la foule, des menaces des juifs

- Daniel n’a pas été impressionné par l’assemblée des anciens

- Pourtant Daniel était un « jeune enfant »

- Pilate était gouverneur romain !

- Pilate avait le pouvoir, il n’aurait sans doute eu à faire qu’un geste,

- Daniel a dû se mettre debout, crier et insulter l’assemblée pour s’imposer et enfin il n’a pas « psychoté », à craindre que son stratagème n’échoue…

Pilate n’a pas eu la force de prendre parti pour Jésus, sans doute parce qu’il a manqué d’amour. Demandons à l’Esprit Saint de nous éclairer sur les situations où on se lave les mains quand Jésus nous appelle à nous lever comme Daniel. Demandons à l’Esprit Saint le don de force et de nous guérir de nos petites lâchetés, de toutes les fois où nous ne faisons rien de mal, mais où précisément ne faisant rien, nous faisons du mal. Demandons à l’Esprit Saint de nous éclairer sur les lieux où nous n’avons pas le courage de nous engager jusqu’au bout pour nos frères, quels que soient les risques encourus.

                                                                                            Fr Jean Savio

Sixième station : Jésus est flagellé et couronné d’épines

« Pilate prit alors Jésus et le fit flageller et les soldats, tressant une couronne d’épines, la lui mirent sur la tête »Jean 19, 1-3

Méditation :

Le nombre de coups de fouet était limité à quarante pour la loi Juive, mais par prudence ne dépassait pas trente-neuf. Par contre pour les romains il n’existait aucune limite. Et avec Jésus, le supplice de la flagellation sera une explosion de barbarie… à tel point qu’il ne parviendra pas à porter sa croix tout seul, sur le chemin du calvaire, et il tombera plusieurs fois.

L’inspiration satanique est bien présente. A cette nouvelle torture, s’ajoute en plus, le couronnement d’épines, par les soldats Romains. C’est un raffinement de cruauté que rien ne commande. Le démon mène le jeu infernal. A-T-on eu l’intention qu’en attentant à à ce visage, on atteignait Dieu lui-même ?

Dans leur cœurs, les insensés disent : »il n’y a pas de Dieu » Ps, 17,1

Toujours utile qu’au prétoire, Jésus est méprisé, bafoué dans sa dignité de chef et de roi. Il est tourné en dérision. Les soldats lui crachent dessus et prenant le roseau, ils le frappent à la tête enfonçant les épines. On connait la figure du « roi caricaturé », avec le symbole du bouc émissaire.

Sans en avoir conscience, les soldats accomplissent cette parole du livre d’Isaïe « Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison » (Is 53,5).

Adorons cette face trois fois Sainte dont rien ne peut nous voiler la grandeur divine.

Quand Pilate du Haut de sa terrasse montre l’homme défiguré, à la foule en furie, répondons à toutes ses vociférations par cette proclamation : «  Louange à toi, Jésus, notre Seigneur, roi d’Eternelle gloire !».

                                                                                   Sr. Dominique Raphaëlle

VIIe STATION : Jésus se charge de sa Croix.

 Jn19, 16b-17 : « Pilate leur livra Jésus pour être crucifié. Les soldats prirent donc Jésus. Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne –ce qui se dit en hébreu Golgotha. »

Humainement, lorsque  quelqu'un soufre,  on cherche à le consoler. On n'augmente pas son fardeau. Mais dans cette station, nous voyons qu'après avoir livré Jésus, après l'avoir flagellé et couronné d'épines, ses bourreaux en pleine union avec la foule, le charge encore de la croix.

Face à ces atrocités, Jésus s’unit à sa croix, il accueille la croix et l’homme. Il accueille le rejet et celui qui le rejette. Il prend tout sur lui. Désormais la croix, l’homme et le Fils de l’Homme ne font plus qu’un.

L’enjeu est tellement énorme que le Fils de l’homme ne peut s’arrêter. Il souffre et il aime, il aime malgré la souffrance. Son âme et son être brulent tellement du feu de la charité, qu’avec détermination, force et courage il va jusqu’au bout de son choix. Celui de glorifier son Père et d’introduire l’homme à l’éternité de son salut.
Jésus face au mal et à la haine, ne semble-t-il pas nous enseigner qu'il n'y a pas d’amour sans passion, sans sacrifice, sans combat, qu'il n'y a pas de charité sans croix ? N’est-ce pas d’ailleurs pour cela que le chrétien catholique, se signe de la croix ou que les parents catholiques apprennent à leurs enfants comment faire le signe de la croix ?

En effet, la croix nous sort du rêve d’un amour ici sur terre sans souffrance, c’est la croix qui nous sauve. Proclus, évêque de Poitiers au IV siècle, enseigne que c’est la croix qui féconde l'Église,  illumine les peuples, c’est la croix qui ouvre le paradis.

Et donc frères et soeurs biens aimés du christ, si nous avons eu l'impression lors de nos moments de souffrances chroniques que le Bon Dieu restait silencieux, sachons que la croix de Jésus comme l’affirme le pape François, la croix de Jésus est la réponse par laquelle Dieu a répondu au mal dans le monde. Il a répondu il y a deux mil ans, et il répond encore, la réponse de Jésus face à la souffrance c’est la croix; acte d'amour, de miséricorde, de pardon et de justice.

Prions

Salut ô Croix, notre unique espoir, exauce-nous en ce jour de ta Passion, que fructifient la grâce et le pardon, la force et l’audace dans les cœurs de chacun d’entre nous.

                                                                                       Fr Jean Vianney

8éme station : Simon de Cyrène aide Jésus à porter la Croix[1]

« En sortant ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, et le requirent pour porter sa croix[2] ».

Les trois évangélistes Matthieu, Marc et Luc signalent que les soldats romains requirent un certain Simon de Cyrène. St Luc rajoute qu’ils le chargèrent de la Croix pour la porter derrière Jésus. Sans doute st Luc fait allusion à l’invitation que Jésus fait à ses disciples de porter leur croix et de le suivre[3].

Qu’est-ce que Simon de Cyrène nous apprend sur la manière de porter notre croix et de suivre Jésus ?

Simon de Cyrène a été d’abord contraint à porter la Croix de Jésus. C’est peut-être notre situation actuelle. Comme Simon de Cyrène nous pouvons être contraints à porter des croix très lourdes. Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ? Pourquoi cela nous arrive à nous ?

Pour Simon de Cyrène, porter la Croix de Jésus a été sans doute au début une expérience très éprouvante mais progressivement il découvre sa proximité avec Jésus. Jésus l’associe à ses souffrances. Dieu a voulu que Simon de Cyrène porte la Croix de Jésus pour le faire goûter sa présence d’une manière privilégiée.

Nos souffrances, nos croix sont l’occasion pour Dieu de nous associer aux souffrances de Jésus et de nous unir à Lui d’une manière privilégiée.

Simon de Cyrène nous apprend que nos souffrances et nos croix nous associent aux souffrances du Christ. Nos croix nous ne les portons pas tout seul, nous les portons avec Jésus. Jésus nous appelle à aller vers Lui pour nous soulager de nos fardeaux :

« Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger[4]. »

St Marc signale dans son Evangile que Simon de Cyrène est le père d’Alexandre et de Rufus[5]. Sans doute qu’ils étaient devenus chrétiens et connu de la communauté chrétienne à laquelle s’adresse st Marc. Le témoignage de leur père a probablement porté du fruit en eux.

Nous avons l’assurance que si nous portons notre croix avec Jésus nous porterons des fruits abondants pour l’Eglise et nous suivrons Jésus jusqu’à la résurrection.

                                                                                             Fr Juan de la Cruz

[1] Mt 27, 32 ; Mc 15, 21-22 ; Lc 23, 26.

[2] Mt 27, 32.

[3] « Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple » Lc 14, 27.

[4] Mt 11, 28-30.

[5] Mc 15, 21.

9ème Station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

De l’Evangile selon Saint Luc (23, 27-28)

Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! »

Méditation :

Nous suivons Jésus sur ce chemin de croix, nous le suivons dans les rues serrées de Jérusalem.  Cette VIII station nous met en face d’une foule qui suit Jésus et particulièrement des femmes qui se lamentent sur Lui. Pouvons-nous, ne serait-ce qu’un instant, nous identifier à cette foule ? Jésus, jusqu’à présent, a avancé de manière déterminé et ce sont d’autres qui se sont approchés de lui, ici c’est lui qui se retourne. Et pourquoi se retourne-t-il ? Il prend le temps de nous instruire. « Ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! ».  Hier, notre prédicatrice nous invitait à regarder, à contempler Jésus qui prie pour notre salut. Il me semble que cette station se prête bien à cela. Jésus part ces paroles nous invite à considérer le chemin de croix dans sa signification la plus radicale. S’il parcourt ce chemin, ce n’est pas pour qu’on le plaigne, qu’on se lamente sur ce qu’il lui arrive parce que nous savons bien que nous ne sommes pas si innocents. C’est la réalisation de notre salut qui se vit là sous nos yeux. Alors oui nous avons ces pleurs à avoir. Pleurer sur nous et sur nos enfants. C'est-à-dire pleurer sur nos engrenages de péché qui existe en nous. Mais il me semble que nous pouvons aussi aller plus loin. Derrière les larmes, il y a la promesse de joie. Le psalmiste chante : « Au soir les larmes, au matin les cries de joie ». Oui, nous rencontrons à la dérobée d’une rue notre Sauveur qui se retourne vers nous. Nous somme face à face avec l’auteur même de notre salut qui nous dit : « vois, c’est pour toi ». Cette exhortation du Maître doit nous interroger sur notre participation au chemin de croix, que venons-nous faire ici ? Pourquoi suivons-nous Jésus ? Est-ce seulement un exercice de piété ou est-ce une véritable rencontre avec celui qui s’est livré pour moi ?

Seigneur Jésus, comme ces femmes de Jérusalem, nous te suivons, nous marchons à ta suite parfois sans savoir pourquoi ? Donnes-nous l’envie de renaître, de regarder en avant, de poursuivre le chemin avec foi et espérance pour être un jour consoler avec tous les saints dans ton Royaume.

                                                                                       Fr Charles Emmanuel

Dixième station : Jésus est crucifié.

«  Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils y crucifièrent ainsi que les malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche .Et Jésus disant : Père, pardonne leur; ils ne savent pas ce qu’ils font. Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. » (Lc23, 33-34)

L’Évangéliste st Luc mentionne le nom du lieu où l’on a crucifié Jésus : « Crâne », c’est le sommet de la colline et le lieu des exécutions. Seigneur Jésus, tu es le Serviteur souffrant mis au rang des malfaiteurs. Tu intercèdes d’abord pour tes bourreaux et pour nous : « Père, pardonne leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Tu donnes ta vie volontairement : « Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi-même, j’ai pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre. »(Jn10, 18)

Tu es cloué sur la croix, tu es le Seigneur ! Tu transformes la haine et la violence en pardon et en tendresse à la croix, tu es l’Agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, tu n’ouvrais pas la bouche;  tu te laisses livrer pour nous et pour l’humanité, car tu nous aimes, tu es notre sauveur ! Tu es dépouillé pour nous revêtir de ta dignité. Tes bras sont grand ouverts pour nous accueillir : Venez et voyez !

Seigneur Jésus, « une fois élevé de la terre, tu attiras tous les hommes à toi », nous te prions pour tous ceux qui ne te connaissent pas, tous ceux qui ne t’aiment pas, tous ceux qui ne te croient pas, tous ceux qui ne  t’adorent pas et tous ceux qui n’espèrent pas, que ton règne vienne sur eux, sois leur sauveur !

                                                                                         Sr Thérèse Aimée

Onzième station : Jésus promet son Royaume au bon larron

«  Tu n'as aucune crainte de Dieu » ?

Voilà un bien étrange reproche pour un malfaiteur de grand chemin à son compagnon. Comment lui dont la vie entière est un démenti de cette parole, peut-il oser parler ainsi?

Durant le procès auquel il assiste certainement, ce grand brigand découvre cet homme, cet inconnu.

Il apprend et intègre que Jésus était innocent: « je  ne trouve en lui aucun mal » ; * il entend Jésus prier son Père pour ses bourreaux: « Père pardonne leur »; * il entend les grands prêtres se moquer: « si tu es le Christ de Dieu, l'Elu », *il entend aussi la moquerie des soldats "Roi des juifs".

Ce larron, tout au long du chemin qui le conduit à son supplice, passe et repasse toutes ces paroles. En regardant Jésus l'Innocent condamné « qui n'ouvre pas la bouche », « qui ne crie pas » pour se défendre, il descend progressivement en lui-même, et descendant, il se tournait vers son voisin d'infortune « mais qui donc est celui-là pour vivre une telle adversité sans ouvrir la bouche? »; et sa propre douleur se fait accueil, compassion pour autrui.

Ainsi ce chemin vers le calvaire fut progressivement, pas après pas, un retournement, un décentrement de l'aveuglement du péché à l'accueil, à la rencontre d'un Amour, de l'amour de Dieu qui accepte de se faire "mourir" pour rejoindre l'homme mort par le péché.

Quelle merveille de Miséricorde, ce larron a t-il rencontré en entendant toutes ces paroles ! De sa souffrance fermée sur la mort dans la culpabilité et donc sans aucune perspective, peu à peu il l'a ouverte pour se laisser rejoindre et identifier à ce Dieu dont il était éloigné et qui s'est fait son compagnon de douleurs, lui le véritable « homme de douleurs et le familier de la souffrance ». Et c'est en raison de cette identification au Fils qu’il reçoit de ce dernier  la promesse d’entrer dans le Royaume.

En effet, si nous l'appelons « bon » ce n'est pas parce qu'il a su saisir la bonne occasion et par des formules matérielles gagner le Paradis, mais il me semble plutôt que c'est en raison du véritable cheminement intérieur  qu'il a fait et dont le fruit sont ses paroles, car  "quiconque croit en son cœur, et de sa bouche proclame sa foi, celui-là sera sauvé - Rom 10,9-».

Voilà le mystère que nous contemplons, l'insondable Miséricorde de Dieu qui va jusqu'à rejoindre l'homme dans l'ultime profondeur de son péché pour lui ouvrir la possibilité de l'accueil du salut.

Quelle espérance pour nous, pour nos proches et pour l'humanité entière qui semble vivre et se réinventer sans Dieu.

Demandons qu'à l'intercession du bon larron, aucun pécheur ne se dise jamais rejeté de Dieu, et que nous-mêmes ne perdions pas l'Espérance pour nous-mêmes et pour eux.

Dieu qui sauve tous les hommes et ne veut en perdre aucun regarde nous et prends pitié de nous. Amen!

                                                                                 Frère Marie Guillaume

12éme station : Jésus donne sa Mère à Jean

Jésus, voyant sa mère, et prés d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » Et à partir de cette heure là, le disciple la prit chez lui. » Jn 19, 26-27

Jésus, quelques instants avant sa mort, fait ce don ultime à Jean : « Voici ta Mère ». C’est l’union des cœurs entre Marie et Jésus qui permet cette fécondité : l’enfantement du disciple bien-aimé ; oui, c’est par ce que Marie ne fait qu’un seul cœur avec Jésus, qu’elle peut enfanter Jean et devenir par Jean la mère de tous les hommes ; la fécondité de la croix devient ainsi immédiatement visible : le sépulcre neuf qui va accueillir le cadavre de Jésus va se transformer en un berceau dans lequel tous nous naissons à la vie.

Désormais, nos croix ne peuvent se vivre qu’avec Marie, car qui plus que Marie peut compatir à nos souffrances et nous apprendre à vivre du regard de miséricorde dont elle a vécu à la croix : ce regard de miséricorde qui réconforte Jésus, et voit le crucifié dans les pauvres, les faibles, les persécutés et les malades.

C’est par ce que Jean a reçu Marie, qu’il peut être témoin de la blessure du cœur d’où a jailli l’eau et le sang symboles de l’Eglise et de ses sacrements, et pénétrer ainsi au plus intime du cœur de Jésus ; alors, comme Jean, prenons Marie pour Mère,  pour que nous soyons nous aussi des témoins de la  miséricorde infinie de Dieu pour chaque homme.

                                                                                                 Fr Jean Loïc

13e Station : JÉSUS MEURT SUR LA CROIX (Jn 19, 28-30)

Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit :

X « J’ai soif ».

Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée.On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre,

Jésus dit :

X « Tout est accompli ».

Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

(Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)

Mourir sur une croix !...

mort affreuse, fin logique de celui contre qui le peuple avait crié « crucifie-le » (Lc 23,21)

Jésus, dans ta mort, tu as re-ouvert pour nous le chemin qui nous était resté interdit depuis la faute d'Adam. Tu nous as précédés sur le chemin qui mène de la mort à la vie (He 6, 20)

Ces souffrances et cette mort honteuse, Jésus les expérimente encore aujourd’hui, lui qui a dit : « Tout ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40) Dans toute personne qu’on fait souffrir ou qu’on tue, c’est Jésus même qu’on fait souffrir et qu’on tue.

Encore aujourd’hui, Jésus meurt sur la croix...

des milliers d’innocents, enfants y compris, doivent quitter tous leurs biens pour chercher refuge dans des camps de réfugiés ou vers des destinations inconnues.

Encore aujourd’hui, Jésus meurt sur la croix...

sur les cinq continents, en haine de la foi, tant de chrétiens sont menacés, persécutés. Signes de contradiction, animés du seul désir d'aimer, ils meurent pour Toi qui es l'Amour.

 Encore aujourd’hui, Jésus meurt sur la croix...

Nous Te confions aussi leurs persécuteurs, aveuglés par la violence. Que le sacrifice et le pardon de leurs victimes les mènent sur un chemin de conversion.

Encore aujourd’hui, Jésus meurt sur la croix...

Lorsque les baptisés mette de côté leur foi, tombent dans l'indifférence et le relativisme ; lorsque les chrétiens n'osent plus affirmer leur appartenance au Christ par peur, par honte, par lâcheté, par trahisons, par l'abandon des racines chrétiennes, par le politiquement correct...

Vierge Marie, toi qui la première éprouvas dans ta chair le glaive, invoque pour nous l'Esprit de Force, qu'Il éloigne de nous la peur, la honte, la lâcheté, qu'Il renouvelle notre foi et nous donne le désir de témoigner, en toutes circonstances, que le Christ est Seigneur et qu'Il est Vainqueur de la mort.

Vierge Marie, nous vous confions tous les chrétiens qui sont persécutés dans le monde et en particulier les familles du camp d'Ashti à Erbil... Pour les chrétiens d'Egypte touchés par deux attentats le Dimanche des Rameaux, pour ces chrétiens qui ont préférés tout quitter pour garder le Christ....

Encore aujourd’hui, Jésus meurt sur la croix...

                                                                                                    Fr Gaël

XIVème station: Jésus est mis au tombeau (Lc 23, 50-56)

“Ils prirent donc le corps de Jésus et l'enveloppèrent dans des linges, avec les aromates, selon la manière  d'ensevelir en usage chez les Juifs. Or, au lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne  n'avait encore été mis. C'est là, à cause de la Préparation des Juifs, qu'ils déposèrent Jésus, parce que le sépulcre était proche.” (Jean 19,40-42)

Acceperunt ergo corpus Jesu.

Ce mystère de la sépulture marque la fin de notre chemin de croix, la fin de notre méditation des souffrances du Christ. Cette sépulture évoque, pour moi, le ce-pour-quoi  de la passion de Jésus, sa finalité, son but: c'est l'Eucharistie. Il me semble que l'auteur du 4ème évangile a voulu le signifier

en mentionnant que le tombeau se trouvait dans un jardin: comment ne pas penser à cet autre jardin,

où le premier Adam a perdu la vie en mangeant du fruit défendu? (La tradition veut que la tombe d'Adam se trouve en ce lieu même, sur le Golgotha.) Ici, dans ce jardin du sépulcre qui “était proche”, c'est le Corps du Christ, la manne de l'Alliance nouvelle, qui est ensevelie en attente de la Résurrection, pour être notre Pain de vie.

C'est au sujet de l'Eucharistie que St.Thomas a composé l'hymne que l'on ne chante jamais,

l'Adoro Te, devote.

Dans le troisième couplet il est dit: In cruce latebat sola deitas; at hic latet simul et humanitas.

(Il fallait, évidemment, qu'il y ait dans cette méditation quelques mots en Latin…). Je traduis : A la croix se cachait la divinité; ici se cache également l'humanité”. C'est éminemment vrai aussi pour ce moment où le Christ, dans sa kénose, est déposé dans une tombe, caché à nos yeux par une grosse pierre. C'est bien l'ultime moment de l'incarnation: puisque c'est pour sa chair, son corps, qu'est préparé ce tombeau.

L'Evangéliste prend soin de souligner qu'il s'agit d'un tombeau vierge, “où personne n'avait encore été mis”. Ainsi, la sépulture évoque à la fois le début de la vie terrestre du Fils de Dieu, sa conception dans le sein de la Vierge, et son sort perpétuel tant que dure ce monde: son'enfermement' dans les tabernacles de nos églises, en vue de – comme le disait la petite Thérèse – l'habitation dans nos cœurs, tabernacles vivants de l'Eucharistie.

Ce tombeau devrait bien nous orienter vers cela: comme un résumé de tout le mystère de l'incarnation rédemptrice, gage de vie éternelle. Car derrière cette pierre se cache le corps du Christ, livré pour nous, donné en nourriture pour nous, afin que nous ayons la vie.

Accipite et manducate.

Cela nous rappelle que la passion du Sauveur est inséparable de l'institution de l'Eucharistie.

Sans elle, en effet, sans la possibilité de pouvoir nous-mêmes participer à son offrande, en l'incarnant par mode de manducation eucharistique, la Croix du Christ perdrait tout son sens.

L'Eucharistie est la raison d'être de la Passion.

Et c'est l'Eucharistie qui nous fait tenir dans l'espérance devant ce 'vide' de Samedi Saint.

L'Eglise le souligne, curieusement, en s'abstenant de la célébration eucharistique tout au long de samedi – Sabbatum vacat –, une espèce de jeune eucharistique pour nous préparer à mieux recevoir ce don d'amour que le Christ nous fait de son Corps et de son Sang.

Les premiers chrétiens ont voulu souligner le lien intrinsèque entre la Passion du Christ et l'Eucharistie, en célébrant la Cène en premier lieu le dimanche matin, jour de la Résurrection du Seigneur. La Croix trouve son achèvement pour Jésus dans la résurrection de son corps ;

pour nous, c'est d'abord dans l'Eucharistie, mais en vue de notre participation à sa résurrection : « Qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle, et Moi, je le réssusciterai au dernier jour » (Jean 6,54).

Enfin, à la fin de ce chemin de croix, ayons à l'esprit, une fois de plus, nos frères chrétiens pour qui le chemin de croix ne finit pas ; cette 'Eglise du silence', Eglise des martyrs, qui, elle, participe de façon sanglante à la passion de notre Saveur.

Offrons notre prière, notre silence aussi pour eux. Peut-être cette pensée aux chrétiens de l'Orient pourrait nous faire vivre le silence du Samedi Saint avec une plus grande ferveur ?                                                                                                                                                                                                                                               Fr Clemens Maria

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