Enterrement fr.Patrick de la Trinité, samedi 29 septembre 2018

Homélie retranscrite de fr. Samuel, samedi 29 septembre 2018, pour la messe d'enterrement de fr. Patrick de la Trinité.

    "Cette lecture de saint Paul aux Corinthiens (1 Co. 15, 35-49) est le dernier texte sur lequel Patrick, samedi matin dernier, a prêché. Sur la vie éternelle, sur la présence de la vie éternelle, et son soucis c’était - la marque de cet homme de foi qu’il était - était toujours de passer de la parole au mystère se demandant, et nous demandant, si nous croyions vraiment ce que nous entendions, ce que nous accueillions comme vrai, est-ce que ce mystère était là, dans notre vie. Patrick était cet homme de la foi, toujours soucieux d’aller au mystère, de nous rappeler l’objectivité de la réalité bien au-delà de ce que nous en comprenions, de ce que nous en ressentions, de ce que nous nous sentions ou non capable d’en faire, de cet amour du Christ, de cette présence du Christ, de cette réalité de la présence de Dieu dans nos vie, toujours au-delà de nos mots, de nos ressentis. Et il prêchait ce mystère, sans commentaire, comme chaque fois, pour nous désigner la porte, pour y entrer sans tapis rouge, directement.

     En cela, sans le savoir, parce qu’il était très peu conscient de la richesse qui passait par lui, il était vraiment fils de saint Dominique, prédicateur, contemplatif, de la vérité reçue au long des jours, dans la fidélité à la récitation de l’office, dans la méditation de la Parole. Auprès d’Augustin particulièrement, de Saint Augustin. Ayant le souci de laisser ce mystère se déposer dans son âme pour pouvoir, au moment d’en parler, d’en dire quelque chose, en ayant très peu conscience de la simplicité, du caractère direct qu’il avait d’ouvrir les cœurs, pour être là, devant le mystère, qui nous attendait, pour que nous puissions en vivre. La foi c’est la fidélité et l’amour de la vérité. Et cette fidélité, elle était à la fois au mystère de Dieu et aussi à l’Eglise. La récitation de l’office, la vie liturgique, la vie des sacrements, étaient quelque chose qu’il ne cessait de chercher à vivre plus intensément, en sachant que là, ici, sur notre terre, le Seigneur était présent, que nous n’aurions jamais finis de réaliser, de recevoir cette présence qui venait nourrir sa vie fraternelle.

     Et puis, Patrick était, en entendant les béatitudes, on pourrait commenter chacune d’elle dans son cœur, et évidemment la première, pauvre de cœur. Patrick était un homme de désir, qui désirait tant, et qui était sans cesse à accepter de se heurter à ce grand mur, de ne pas savoir dire, de ne pas pouvoir dire, ce qu’il aimait et ce qu’il vivait. Nous nous le savions, parce que, à vivre avec lui, nous… chaque jour il allait vers nous, et il nous accueillait quand nous allions vers lui. Mais les mots, l’expression, qui occupe tant de place dans notre monde moderne, il en était… en grande partie privé, et c’était son épreuve. Du coup c’était un homme du secret. Il y a des êtres dont les qualités… se déploient à ne plus savoir qu’en faire, que ce soit des prêtres, des religieux, des évêques, des papes aussi… des laïcs, des enfants, des jeunes… et puis il y a des êtres que le Seigneur laisse comme ça avec quelque chose qui bloque, qui ralentit, pour les intérioriser. Qui sont des êtres du secret, mais qui portent les premiers, sans lesquels les premiers ne sont rien que des pantins qui s’agitent. C’est ce que disait Thomas, Thomas d’Aquin : ceux qui sont appelés à marquer plus historiquement, visiblement, la vie de leurs contemporains, ne sont rien, sans la vie offerte de ceux qui, dans le secret, offrent leur vie.

     Et Patrick vivait cela, et il le vivait fraternellement. Il avait le sens éminent de notre vie religieuse qui n’a qu’une seule finalité : nous rapprocher de Dieu en nous rapprochant les uns des autres, et nous rapprocher de Dieu pour nous rapprocher les uns des autres. C’était pas un homme du bavardage sur la relation, mais année après année, être remis entre les mains de ses frères, apprendre à aimer chacun, ne pas laisser les désaccords avoir les derniers mots, tenter de mettre des mots, aussi pauvres soient-ils, à la fois sur les joies et les épreuves, entrer dans ce mystère, cette incroyablement grand mystère qu’est la communion fraternelle. La vie religieuse n’existe sur la terre au milieu de l’Eglise que pour cela. Que l’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint s’initie, soit comme en esquisse, en commencement, en espérance, en désir, dans la vie fraternelle. Et chaque jour cela réclame de.. de dépendre. D’être remis les uns les autres, de n’être progressivement rien les uns sans les autres. Et il apprenait chaque jour, et nous apprenions ensemble avec lui, ce chemin de l’amour. Apprendre à aimer, être disponible en profondeur. Patrick nous a - j’allais dire « nous a laissé », mais c’est bête de dire « nous a laissé » - il continue à nous faire vivre et continuera de nous accompagner dans cet immense désir d’être conforme au face à face avec Dieu, face à face avec le Père, dans la plus grande lumière possible.

     Remis comme des enfants, nous disions tout à l’heure, « ça n’était pas un homme de l’expression », la dévotion mariale elle était là pour ça, il était un peu auvergnat pour cela, elle était là point. Tout ce qui était un peu broderie dévotionnel ce n’était pas son truc. Son soucis était… d’apprendre à être lui-même face à Dieu et face à ses frères, et de nous accueillir et de nous ramener chacun à ce face à face tout simple, à ce Seigneur qui nous connaît tel que nous sommes. Il se savait connu de Dieu, il apprenait sans cesse à se laisser connaitre de ses frères, et il apprenait chaque jour à nous regarder, à nous aimer, à nous pardonner, à aller vers nous et à nous connaitre.

     Alors auprès de lui, de cette vie désormais libérée de toute entrave humaine… nous avons envie de lui dire : « dis-nous maintenant tout ce que tu n’as pas pu ou su nous dire ! Fais du haut du Ciel, tout ce que tu que désirais faire sur la Terre pour ceux que tu aimais, ta famille, tes amis, tes frères, tes sœurs, tes paroissiens. » Là encore Thérèse l’a dit : il y a des vies humaines qui vont au bout de leur capacité humaine et qui… qui vivent rassasiés de longs jours, et il y a des vies interrompues au bout de quelques jours, de quelques mois, de quelques années, et 62 ans c’est beaucoup trop tôt… avec tous les désirs qu’il y avait dans son cœur. Alors nous lui demandons avec tous nos frères et sœurs déjà au Ciel de notre communauté – vous avez remarqués… si vous voulez aller rapidement au Ciel, rentrez dans la communauté Saint Jean. On part vite quand même ! On réfléchit sur notre vieillesse, mais le Seigneur a une autre manière de penser, qui est de nous dire : « voilà. ». Peut-être parce que avec tous nos défauts, mais aussi avec une espèce de générosité assez simple, on essaye de se donner avec nos forces, pas toujours prudemment, mais avec ce désir d’avancer vers la lumière, d’en dire quelque chose, d’en chercher toujours plus. Et de le vivre les uns auprès des autres. D’entrer… encore une fois dans ce mystère si simple, si urgent, si simple et si exigent en même temps, de la communion fraternel. Alors que le Patrick du Ciel, soit désormais pour nous, un frère aîné, qui puisse danser de joie auprès du Père, et nous dire sans cesse dans les moments de joie et dans les moments d’épreuve, qu’il nous aime, et qu’avec le Seigneur et la Vierge Marie, il est là."

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